La fibromyalgie est un syndrome douloureux chronique étroitement associé à des comorbidités psychiatriques, des troubles du sommeil et de la fatigue, qui contribuent tous à nuire à la qualité de vie. Le lien étroit entre la fibromyalgie et la dépression, un facteur de risque connu de suicide, a étayé la théorie selon laquelle les patients atteints de fibromyalgie pourraient présenter un risque plus élevé d’idées et de comportements suicidaires. Cependant, des résultats contradictoires ont été rapportés dans la littérature.
Une étude scientifique récente, publiée dans la revue International Journal of Environmental Research and Public Health (Adawi et al., 2021), vient rappeler une vérité troublante : les personnes vivant avec la fibromyalgie présentent un risque beaucoup plus élevé d’idéation et de comportements suicidaires que la population générale. Ce constat, loin d’être une fatalité, est un appel à la compréhension, à la vigilance et à la solidarité. Parlons-en avec clarté, bienveillance et espoir.
Une étude qui met les chiffres sur la souffrance invisible
Les chercheurs ont réalisé une revue systématique et une méta-analyse regroupant les données de 13 études différentes, représentant près de 400 000 patients atteints de fibromyalgie dans le monde. Leur objectif : comprendre à quelle fréquence les personnes fibromyalgiques pensent au suicide, font des tentatives ou en meurent, et quels facteurs peuvent influencer ces comportements. Les résultats sont frappants :
- En moyenne, près d’un tiers (30 %) des personnes fibromyalgiques ont déjà eu des pensées suicidaires.
- Environ 6 % ont fait une tentative de suicide au cours de leur vie.
- Le risque de décès par suicide est également plus élevé que dans la population générale.
Autrement dit, la douleur chronique, la fatigue, l’insomnie, le sentiment d’incompréhension et parfois l’isolement peuvent pousser certaines personnes à des pensées extrêmes. Mais attention : ces chiffres ne signifient pas que la fibromyalgie mène inévitablement au suicide. Ils rappellent simplement qu’il existe un risque accru, et donc une responsabilité collective d’y prêter attention.
Pourquoi ce risque est-il plus élevé ?
Les auteurs ont identifié plusieurs facteurs de vulnérabilité qui augmentent le risque de détresse psychologique :
- La douleur chronique : elle épuise le corps et l’esprit. Quand elle devient constante, elle grignote peu à peu l’énergie, le moral, et le sens de la vie quotidienne.
- Les troubles du sommeil : dormir mal ou très peu, nuit après nuit, fragilise la résilience émotionnelle.
- La dépression et l’anxiété, très fréquentes chez les patients fibromyalgiques, amplifient la souffrance et la désespérance.
- Le sentiment d’incompréhension ou de stigmatisation : beaucoup de patients se sentent jugés, ignorés ou incompris, même par le milieu médical.
- Les difficultés professionnelles : le chômage, la perte de rôle social ou la précarité économique peuvent renforcer la perte d’estime de soi.
- L’isolement social : la fatigue et la douleur poussent souvent à réduire les contacts, ce qui coupe du soutien émotionnel.
- Certaines comorbidités physiques (comme l’obésité, les troubles métaboliques ou la consommation de substances) aggravent encore la vulnérabilité globale.
L’étude montre aussi que le risque suicidaire n’est pas uniquement dû à la fibromyalgie elle-même. Quand les chercheurs tiennent compte de la dépression et de l’anxiété, une partie du risque disparaît. Cela signifie que ce ne sont pas seulement les douleurs physiques, mais l’accumulation de souffrances physiques, psychologiques et sociales qui mène à ces situations extrêmes.
Derrière les chiffres, des vies réelles
Derrière ces pourcentages se cachent des histoires humaines : celle d’une femme qui a dû abandonner son travail après 20 ans de carrière, d’un homme qui ne reconnaît plus son corps ni sa vitalité d’autrefois, d’une mère qui se sent coupable de ne plus pouvoir jouer avec ses enfants, ou d’une personne âgée qui vit seule avec une fatigue interminable.
La fibromyalgie est une maladie multi-dimensionnelle : elle touche le corps, mais aussi l’identité, la dignité, la relation à soi et aux autres. Quand la société, l’entourage ou les médecins ne reconnaissent pas pleinement cette souffrance, le désespoir peut s’installer. C’est pourquoi cette étude est si importante : elle met des mots et des données sur un sujet encore trop tabou.
Ce que les professionnels de santé doivent retenir
Les auteurs recommandent clairement de dépister systématiquement la détresse psychologique chez les personnes atteintes de fibromyalgie. Les chercheurs encouragent aussi une approche pluridisciplinaire, associant :
- la médecine de la douleur (pour mieux contrôler les symptômes physiques),
- la psychothérapie (pour reconstruire un sens à la vie malgré la douleur),
- la prise en charge du sommeil,
- la rééducation physique adaptée,
- et, surtout, le soutien social.
La clé est d’aider la personne à retrouver un sentiment de contrôle et d’espoir.
Et pour les proches ?
Si vous accompagnez quelqu’un atteint de fibromyalgie, rappelez-vous ceci : Vous n’avez pas à “comprendre tout” ni à “trouver la solution”. Votre présence, votre écoute et votre non-jugement sont déjà essentiels.
Souvent, les personnes souffrant de fibromyalgie se sentent invisibles. Entendre simplement :
… peut faire une immense différence.
Espoir et prévention : parler, comprendre, agir
L’un des messages les plus forts de l’étude est que le suicide n’est pas une fatalité, même dans le contexte de la fibromyalgie. Il existe des leviers puissants de prévention :
- Parler ouvertement du mal-être. Briser le silence aide à diminuer la honte et à favoriser la demande d’aide.
- Former les professionnels de santé à reconnaître les signaux de détresse.
- Créer des groupes de soutien, en ligne ou en personne, où les personnes peuvent partager leurs expériences sans jugement.
- Favoriser le mouvement (même doux) et les activités qui reconnectent au corps sans douleur excessive.
- Valoriser les thérapies du sommeil, la relaxation, la pleine conscience, la nature, toutes reconnues comme ressources apaisantes.
- Impliquer les proches, car le soutien relationnel est l’un des meilleurs boucliers contre le désespoir.
En d’autres mots, plus une personne se sent reconnue, écoutée et soutenue, moins le risque suicidaire persiste.
Un regard scientifique, mais aussi humain
Les auteurs soulignent que leur méta-analyse comporte des limites. Les études étaient très différentes les unes des autres (âge, sexe, définitions du suicide, méthodes de mesure). Les résultats sont parfois imprécis (grands intervalles de confiance). Le rôle des troubles mentaux associés n’est pas toujours bien séparé de celui de la fibromyalgie.
Mais malgré ces réserves, la tendance est claire : il existe un lien fort entre la fibromyalgie et le risque suicidaire, et ce lien mérite d’être pris au sérieux.
Les chercheurs appellent à mener de nouvelles études longitudinales (sur plusieurs années) pour mieux comprendre comment ce risque évolue et quelles interventions peuvent réellement le réduire.
En conclusion
La fibromyalgie met à l’épreuve la patience, la force et la confiance en soi. Mais elle révèle aussi une incroyable capacité d’adaptation et de résilience chez celles et ceux qui en souffrent.
Les données scientifiques sur le risque suicidaire ne doivent pas effrayer, mais réveiller notre empathie collective. Chaque professionnel de santé, chaque proche, chaque ami peut devenir un maillon de la prévention, simplement en écoutant, en croyant, en soutenant.
Et à toutes les personnes concernées : Vous n’êtes pas seules. Il existe des solutions, des aides, des thérapeutes, des associations et des groupes de parole. Parler de votre détresse n’est pas une faiblesse — c’est le premier pas vers la guérison.
Les personnes atteintes de fibromyalgie ont un risque plus élevé d’idéation et de tentative suicidaire. Ce risque est lié à une combinaison de facteurs : douleur, fatigue, troubles du sommeil, dépression, isolement et perte de rôle social. Le dépistage, l’écoute et le soutien sont essentiels pour prévenir le pire. La fibromyalgie ne définit pas la valeur d’une vie — chaque histoire peut retrouver sens, apaisement et dignité.
Réfences:
Adawi M, Chen W, Bragazzi NL, Watad A, McGonagle D, Yavne Y, Kidron A, Hodadov H, Amital D, Amital H. Suicidal Behavior in Fibromyalgia Patients: Rates and Determinants of Suicide Ideation, Risk, Suicide, and Suicidal Attempts-A Systematic Review of the Literature and Meta-Analysis of Over 390,000 Fibromyalgia Patients. Front Psychiatry. 2021 Nov 19.
La fibromyalgie serait associée à un risque accru de suicide | Medisite.fr






